Somnambulisme : causes, risques et que faire

Il se lève, marche dans le couloir, ouvre le frigo, retourne se coucher. Le lendemain matin, aucun souvenir. Le somnambulisme, on en parle souvent sur le ton de l’anecdote (la voisine qui descendait les escaliers les yeux fermés, l’oncle qui se retrouvait dans le jardin en pyjama). Mais quand c’est votre enfant qui se promène dans la maison en pleine nuit, c’est moins drôle. Selon l’AASM, 15 à 40 % des enfants connaissent au moins un épisode de somnambulisme. Chez l’adulte, c’est plus rare : environ 2 à 4 % de la population. Dans la grande majorité des cas, c’est bénin. Le seul vrai risque, c’est la sécurité.

L’essentiel à retenir

  • Le somnambulisme est un éveil partiel depuis le sommeil profond, en début de nuit
  • L’enfant (ou l’adulte) n’est pas conscient de ses actes et n’en garde aucun souvenir
  • C’est très fréquent chez l’enfant, avec un pic entre 8 et 12 ans, et ça disparaît presque toujours
  • La priorité, c’est de sécuriser l’environnement (pas de réveiller la personne)

Ce qui se passe pendant un épisode

Le somnambulisme fait partie des parasomnies d’éveil partiel, comme les terreurs nocturnes. Le cerveau sort incomplètement du sommeil profond (stade N3) : la partie motrice s’active, mais la conscience et la mémoire restent éteintes. Le résultat, c’est un corps qui agit de manière automatique sans que la personne soit « là ».

Les comportements vont du simple fait de s’asseoir dans le lit et de regarder autour de soi (les formes les plus discrètes) à des déambulations complexes : se lever, marcher dans la maison, ouvrir des portes, parfois cuisiner ou s’habiller. Les yeux sont ouverts, le regard vide. La personne peut même répondre par des mots décousus si on lui parle.

Les épisodes surviennent typiquement dans les 2 à 3 premières heures de sommeil, quand le sommeil profond est le plus dense. Ils durent de quelques secondes à 30 minutes, rarement plus.

Pourquoi certaines personnes sont somnambules

La composante génétique est forte. Si un parent est somnambule, l’enfant a 45 % de chances de l’être aussi. Si les deux parents le sont, le risque monte à 60 %. Le somnambulisme n’est pas un trouble psychologique. C’est un problème de maturation des mécanismes de transition entre les stades de sommeil.

Plusieurs facteurs favorisent ou déclenchent les épisodes :

  • Le manque de sommeil (le cerveau compense par un sommeil profond plus intense, plus difficile à quitter proprement)
  • La fièvre
  • Le stress
  • Un bruit ou un contact physique pendant le sommeil profond
  • Certains médicaments (zolpidem, lithium)
  • L’apnée du sommeil (les micro-éveils respiratoires peuvent déclencher un épisode)

Somnambulisme chez l’enfant

Le somnambulisme apparaît en général entre 4 et 8 ans. Le pic de fréquence se situe vers 10-12 ans. C’est logique : c’est l’âge où le sommeil profond est le plus abondant, et où le cerveau est encore en train de perfectionner ses mécanismes de transition.

La plupart du temps, il n’y a rien à faire sinon sécuriser et attendre. 90 % des enfants somnambules ne le sont plus à l’adolescence. La maturation du système nerveux central règle le problème naturellement.

En attendant, le bon réflexe : ne pas dramatiser. L’enfant ne souffre pas, il ne fait pas de cauchemar, il n’est pas en détresse psychologique. Si les épisodes sont fréquents (plusieurs par semaine) ou entraînent des comportements dangereux (sortir de la maison, descendre des escaliers), une consultation chez le pédiatre spécialiste du sommeil est utile.

Somnambulisme chez l’adulte

Quand le somnambulisme persiste ou apparaît à l’âge adulte, c’est un peu différent. Les épisodes sont souvent plus complexes, parfois plus violents (bousculer un meuble, sortir de la maison, conduire dans de rares cas extrêmes). Le retentissement sur le·la partenaire est réel : vivre avec un·e somnambule adulte, c’est stressant.

Chez l’adulte, il faut chercher un facteur déclenchant :

FacteurAction
Apnée du sommeil non traitéePolysomnographie pour diagnostic, traitement par PPC si confirmé
Privation de sommeilAllonger le temps de sommeil, horaires réguliers
Médicaments (zolpidem en particulier)Réévaluation du traitement avec le médecin
Stress intense, anxiétéGestion du stress, TCC si besoin
AlcoolRéduire la consommation, surtout le soir

Le zolpidem (Stilnox) est un cas bien connu. Ce somnifère peut déclencher des épisodes de somnambulisme complexe, y compris chez des personnes qui n’ont jamais été somnambules. La FDA a d’ailleurs ajouté un avertissement spécifique sur ce point.

Sécuriser l’environnement

C’est la mesure numéro un, qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte.

  • Fermer les fenêtres et les portes donnant sur l’extérieur (barrières de sécurité si nécessaire)
  • Bloquer l’accès aux escaliers (barrière en haut)
  • Retirer les objets tranchants ou contondants de la chambre
  • Placer le matelas au sol si l’enfant tombe souvent du lit
  • Installer une clochette sur la porte de la chambre pour entendre la sortie

Pendant un épisode, ne secouez pas la personne pour la réveiller. Ça la désorientera et pourra déclencher une réaction agressive (un réflexe, pas une intention). Guidez-la doucement vers son lit, avec des gestes calmes et une voix basse. Elle se rendormira sans difficulté.

Quand consulter

Le somnambulisme occasionnel chez l’enfant ne nécessite pas de consultation. On consulte quand :

  • Les épisodes sont très fréquents (plus de 2 par semaine)
  • Ils persistent au-delà de l’adolescence
  • Ils impliquent des comportements dangereux
  • Ils apparaissent pour la première fois chez un adulte
  • Ils s’accompagnent de somnolence diurne (piste de l’apnée du sommeil)

Le médecin pourra proposer une polysomnographie (enregistrement du sommeil en laboratoire) pour identifier un facteur sous-jacent. Dans les cas sévères, un traitement par benzodiazépine à faible dose (clonazépam, 0.25 à 0.5 mg au coucher) peut être envisagé sur une période courte.

Les informations présentes sur ce site ne remplacent pas un avis médical. Consultez votre médecin ou un spécialiste du sommeil.

Cet article a été rédigé à des fins d’information. Il ne se substitue pas à une consultation médicale. Consultez un professionnel de santé pour tout problème lié au sommeil.