Votre mère dormait mal, votre grand-père aussi, et vous passez vos nuits à fixer le plafond. Coïncidence ou héritage génétique ? La réponse, comme souvent en médecine du sommeil, se situe entre les deux.
- L’insomnie a une composante génétique estimée entre 30 et 40 % (études de jumeaux).
- Ce qui s’hérite, c’est la prédisposition (hyperactivation cérébrale, anxiété trait), pas l’insomnie elle-même.
- L’insomnie fatale familiale (IFF) est une maladie génétique rarissime, totalement différente de l’insomnie classique.
Ce que disent les études de jumeaux
Les études de jumeaux sont le meilleur outil pour estimer la part génétique d’un trait. Pour l’insomnie, l’héritabilité est estimée entre 30 et 40 % (méta-analyse Lind & Gehrman, Sleep Medicine Reviews, 2016). Ça signifie qu’un bon tiers de la variabilité individuelle dans la vulnérabilité à l’insomnie s’explique par les gènes. Le reste, c’est l’environnement, les habitudes, le stress, les événements de vie.
Concrètement, si un parent biologique souffre d’insomnie chronique, vous avez un risque un peu plus élevé d’en développer une vous aussi. Mais « un peu plus élevé » ne veut pas dire « condamné·e ».
Les gènes identifiés
Des études d’association pangénomique (GWAS) à grande échelle ont identifié plusieurs variants génétiques liés à l’insomnie. L’étude de Jansen et al. (Nature Genetics, 2019), portant sur plus de 1,3 million de personnes, a repéré 202 loci génétiques associés aux plaintes d’insomnie. Parmi les gènes impliqués, on retrouve ceux liés à la signalisation GABAergique, au stress oxydatif et aux circuits de l’anxiété.
Ce ne sont pas des « gènes de l’insomnie » à proprement parler. Ce sont des variants qui influencent le tempérament anxieux, la réactivité au stress, l’hyperactivation cérébrale. Autrement dit, on n’hérite pas de l’insomnie : on hérite d’un terrain qui, dans certaines conditions (stress, mauvaises habitudes, événement de vie), peut conduire à l’insomnie.
L’insomnie fatale familiale : un cas à part
Quand on tape « insomnie héréditaire » sur Internet, on tombe vite sur l’insomnie fatale familiale (IFF). Autant le dire tout de suite : c’est une maladie rarissime (une centaine de familles connues dans le monde). C’est une maladie à prions, causée par une mutation du gène PRNP (chromosome 20). Elle provoque une dégénérescence du thalamus et une insomnie progressive totale, fatale en 12 à 18 mois.
Si vous lisez cet article parce que vous dormez mal, il est quasi certain que ce n’est pas votre cas. L’IFF n’a rien à voir avec l’insomnie chronique classique. Elle se manifeste par des signes neurologiques graves (hallucinations, ataxie, démence) qui ne laissent aucun doute sur sa nature.
Prédisposition ne veut pas dire fatalité
Avoir un terrain génétique favorable à l’insomnie, c’est comme avoir un terrain favorable à l’hypertension : ça veut dire qu’il faut être plus vigilant·e, pas que c’est perdu d’avance. L’hygiène du sommeil, le contrôle du stress, les horaires réguliers sont d’autant plus importants quand la prédisposition est là. Et si l’insomnie s’installe malgré tout, la TCC-i fonctionne aussi bien chez les personnes avec terrain familial que chez les autres.
Les informations présentes sur ce site ne remplacent pas un avis médical. Consultez votre médecin ou un spécialiste du sommeil.
